Smartphones sans carte SIM : êtes-vous vraiment prêt pour le 100 % eSIM ?

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Glissez la main dans la boîte d’un iPhone Air et un geste a disparu : nulle part un tiroir à carte SIM à faire sauter avec un trombone. Lancé à l’automne 2025, ce modèle est le premier iPhone vendu partout dans le monde, y compris en France, sans le moindre logement pour carte physique. Il fonctionne uniquement grâce à l’eSIM, ce profil d’abonnement téléchargé numériquement dans une puce soudée au smartphone. Apple avait amorcé le mouvement dès 2022 avec l’iPhone 14, mais seulement aux États-Unis. Trois générations plus tard, la bascule mondiale a commencé, et elle pose une question très concrète à quiconque s’apprête à changer de téléphone : le reste de l’écosystème, opérateurs, boutiques, habitudes, est-il vraiment prêt à suivre ?

Ce qui a réellement changé, et ce qui n’a pas bougé

Contrairement à une idée reçue, la France n’est pas encore passée au tout eSIM. Les iPhone 17 et 17 Pro vendus dans l’Hexagone conservent leur tiroir pour carte nano-SIM, exactement comme les modèles précédents : seul l’iPhone Air en est totalement dépourvu, quel que soit le pays d’achat. Douze marchés, dont les États-Unis, le Japon et le Mexique, sont d’ores et déjà uniquement compatibles eSIM sur l’ensemble de leur gamme. En France il est possible de créer un opérateur mobile virtuel avec les services de Bisatel Telecom. Ce choix n’est pas seulement réglementaire ou marketing : en libérant l’espace occupé par le tiroir, le fabricant peut loger une batterie plus large, un argument technique qui reviendra sans doute avec les prochaines générations. L’eSIM elle-même n’a rien de nouveau : la norme existe depuis 2016 et équipe des smartphones depuis 2018. Ce qui change, c’est son statut, elle cesse d’être une option pour devenir, modèle après modèle, l’unique porte d’entrée vers le réseau mobile. Un iPhone récent peut désormais stocker jusqu’à huit profils eSIM, dont deux actifs simultanément, de quoi jongler entre une ligne professionnelle, une ligne personnelle et un forfait data de voyage sans multiplier les cartes.

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Des chiffres qui racontent une transition inégale

Selon la GSMA, l’association mondiale des opérateurs mobiles, la part des connexions smartphone en eSIM atteignait 5 % fin 2025 et devrait doubler d’ici la fin de 2026, avant de dépasser les connexions par carte amovible aux alentours de 2030. Mais cette moyenne mondiale masque de fortes disparités géographiques. Le cabinet ABI Research estimait qu’en 2025, plus de 70 % des smartphones en circulation ne prenaient tout simplement pas en charge l’eSIM. Et si l’Amérique du Nord, portée par la stratégie américaine d’Apple, devrait franchir les 50 % d’adoption dès 2027, l’Europe n’y parviendrait pas avant 2029. La France, où la carte physique reste encore la norme, a donc plusieurs années de retard sur le calendrier américain, ce qui explique en partie pourquoi la question du tout eSIM y paraît encore abstraite pour une large partie des utilisateurs.

Le confort a un prix : celui de dépendre du réseau de son opérateur

Sur le papier, l’eSIM simplifie beaucoup de choses : plus de carte à perdre, plus de tiroir à percer, un changement d’opérateur qui se fait en quelques minutes depuis les réglages du téléphone plutôt qu’en boutique. Pour les voyageurs, l’argument est particulièrement fort, puisque la moitié des utilisateurs d’eSIM dans le monde ont découvert la technologie à l’occasion d’un déplacement à l’étranger. Mais cette bascule numérique a une contrepartie : l’activation exige une connexion internet fonctionnelle, ce qu’un téléphone en panne de réseau ne peut pas toujours garantir. En France, une partie des opérateurs, notamment parmi les acteurs de plus petite taille, ne proposent pas encore d’offre eSIM ou en facturent l’émission, alors que la démarche est généralement gratuite chez les opérateurs historiques. Pour les utilisateurs les moins à l’aise avec un QR code ou une application, la simplicité annoncée peut aussi se transformer en obstacle. Un mécanisme limite néanmoins ce risque lors d’un changement de téléphone : le transfert rapide du profil eSIM entre deux appareils compatibles se fait directement, sans passer par l’opérateur.

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L’argument écologique, réel mais à relativiser

Les fabricants avancent aussi un argument environnemental. Selon Thales, premier fabricant mondial de cartes SIM, l’industrie produit environ 4,5 milliards de cartes chaque année dans le monde, soit près de 20 000 tonnes de plastique, l’équivalent de deux tours Eiffel. Supprimer le support physique réduit mécaniquement cette production. Mais l’argument mérite d’être nuancé : une carte SIM ne pèse que quelques grammes, une fraction infime de l’empreinte totale d’un smartphone, entre extraction des métaux rares, fabrication de la batterie et transport. Pour certains observateurs du secteur, mettre en avant l’écologie pour justifier la disparition de la carte physique relève autant du choix industriel, celui de gagner de la place interne pour la batterie ou d’autres composants, que d’une réelle priorité environnementale.

La prochaine étape se joue peut-être dès cet automne

Selon des informations relayées par la presse spécialisée, non confirmées à ce stade par Apple, les futurs iPhone 18 Pro et Pro Max pourraient être les premiers modèles haut de gamme vendue sans tiroir SIM en Europe. Si cette bascule se confirme, la question ne serait plus de savoir si le marché français doit se préparer au tout eSIM, mais à quelle vitesse. Être prêt ne se résume pas à posséder le bon smartphone : cela suppose aussi un opérateur capable d’émettre une eSIM en quelques secondes, un accès internet fiable au moment de l’activation, et l’aisance numérique pour scanner un code plutôt que glisser une carte. Sur ces trois plans, la France n’a pas encore totalement rattrapé son retard.

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